PARIS - STRASBOURG / PARIS - ALSACE

Un grand merci à Gérard Wasquel pour l’aide précieuse à la rédaction de ce texte. 



Le 28 Juillet 1926, cinquante marcheurs partaient de Paris, Place de la République pour rallier Strasbourg en marchant jour et nuit sans pratiquement aucun arrêt organisé. L’opinion publique, très étonnée, ne donnait que peu de chances aux concurrents d’arriver dans la capitale alsacienne, redevenue française depuis quelques années.
Le créateur de l’épreuve, l’ancien champion Emile Anthoine savait déjà qu’il venait de créer la plus belle épreuve sportive et il avait fallu le concours du journal «Le Petit Parisien» et la confiance de ses dirigeants, parmi lesquels Pierre Labric, pour mettre sur pied un tel monument.

historique 1

Sur les cinquante partants sélectionnés dans différentes épreuves préparatoires, vingt sept terminèrent dans le délai de 8 jours. Le vainqueur fut le suisse Jean LINDER, de Zurich, laitier de son état, qui rentra directement dans la légende sportive et reçut en récompense de sa victoire un véhicule automobile. Le second était le français Eugène DEFAYE qui terminait sept heures après LINDER. Il précédait Louis GODART de 3 heures.

Cette épreuve, qui avait obtenu un succès populaire énorme devait être reconduite chaque année, organisée par l’Union Française de Marche et le Cercle des Sports de France dont le Président fondateur était le créateur de l’épreuve Emile Anthoine.

Paris-Strasbourg est une épreuve pour tous les âges ; en 1930, les 22 ans de Roger Marceau ne l'empêchèrent pas de terminer à la 7ème place pour sa première participation ; battu en 1934 par Maurice SARRASIN, le plus jeune, arrivant classé à la 28ème place pour ses 20 ans. Francis JENEVEIN fêtait aussi ses 20 ans cette année là mais il ne put terminer l'épreuve. Cet arrêt ne l'empêcha pas de passer de la « voiture balai »  à la fonction de Directeur de l'épreuve, quelques années plus tard.

historique 2

L'épreuve se déroula d'abord de 1926 à 1937. Les événements obligeant les organisateurs à cesser leur activité de 1938 à 1948. La compétition repris en 1949 avec une organisation un peu différente, limitant le nombre de partants (toujours après sélection) à 20 concurrents. Paris-Strasbourg d’après guerre fut gagné par Gilbert ROGER qui devait récidiver 5 fois par la suite et fut organisée en 1950 et 1951.
En 1952, ce fut un essai dans l’autre sens et le Strasbourg-Paris fut remporté par Albert SEIBERT, grand champion international devant l’éternel second Joseph ZAMI, ce qui renouvelait le classement de l’année 1951 puisque le dernier Paris-Strasbourg avait connu le même palmarès.
L’épreuve Strasbourg-Paris eut lieu jusqu’en 1959, année à partir de laquelle les organisateurs à cause de l’incompréhension des pouvoirs publics durent renoncer à cette organisation.

En 1970, c’est grâce à l’insistance de Félix LEVITAN (Directeur du Parisien Libéré) que la FFA, qui entre temps s’était unie avec l’UFM et le Cercle des Sports de France (dont le Président était Francis JENEVEIN) qu’un nouveau Strasbourg - Paris fut mis sur pied avec 28 partants et disputé au mois de Juin. La compétition vit la victoire d’un ancien coureur de 10.000 m reconverti Samy ZAUGG de Delle.
Félix LEVITAN souhaitait que l'épreuve s'humanise, ne voulant plus voir de marcheurs dormir « dans le fossé » où « dans l'arrière salle d'un café enfumé », aussi, il confia la reprise de l'épreuve au Colonel Robert TAURAND qui exerçait la fonction de « Commissaire Général » sur le Tour de France. Ses fonctions furent reconduites sur PARIS - STRASBOURG, il mit en place la reconnaissance du parcours avec contact des municipalités et des repos obligatoires, ceux-ci toujours en vigueur aujourd'hui pour le plus grand bien des concurrents. 
Emile Anthoine est décédé le 14 décembre 1969 dans sa 88ème année, il n'eut malheureusement pas le bonheur de voir revivre son épreuve.

historique 3

Cette nouvelle édition de Strasbourg-Paris eut lieu de 1970 à 1975.
En 1976, pour le cinquantième anniversaire de la création de l’épreuve, un Paris-Strasbourg fut organisé dans la tradition de 1926 avec départ Place de la République à Paris et arrivée sur la prestigieuse Place Kléber à Strasbourg où le belge Robert RINCHARD fit une entrée triomphale à la moyenne horaire record de 7,709km. L’année 1977 vit de nouveau l’organisation de Strasbourg-Paris de même qu’en 1978 et 1979 et 1980.

A ce moment historique, on saura que des difficultés apparurent entre les organisateurs et la ville de Strasbourg qui décida de diminuer l’aide matérielle, ce qui mit les organisateurs dans l’obligation de rechercher une autre ville collaboratrice et c’est avec l’aide de nos amis alsaciens Charles BUEB, Louis MANGOLD et Pierre WEISS que le Maire de Colmar, Monsieur Edmond GERRER contracta un accord d’organisation avec le Conseil Général du Haut-Rhin, la Région d’Alsace et le Parisien Libéré ; celui-ci avait entre temps délégué ses devoirs d’organisateur à la Société du Tour de France cycliste qui s’occupait de l’administration de l’épreuve.

Pour faire vivre une grande épreuve, il faut de grands dirigeants, alors, pour succéder à Emile ANTHOINE et Francis JENEVEIN, Jean DAHM, (qui débuta comme entraineur de Gilbert Roger) devint membre de l'organisation en 1970 avant d'en être Directeur-Adjoint puis Directeur jusqu'en 2001. A ces noms célèbres dans le milieu de la marche, il ne faut pas oublier Roger GARNIER, Albert WASQUEL parmi de nombreux bénévoles.
En 1981, le premier Paris-Colmar fut gagné par le belge Roger PIETQUIN en 65h10 pour 513 km 500. Le belge PIETQUIN restera dans l’histoire de l’épreuve le dernier vainqueur de Strasbourg-Paris en 1980 et le premier vainqueur de Paris-Colmar en 1981.
En 1987et 1988, un prologue de l'épreuve fût disputé quelques heures avant le grand départ. Tantôt sur les Champs-Elysées, à Paris, puis à Nation, avant de rallier Paris à Montreuil nouvelle ville départ.
Depuis 1981 l’épreuve eut lieu régulièrement de Paris à Colmar sauf en 2004 et en 2010 où elle ne fut pas organisée.

L’épreuve reine fut remportée par des grands champions et on doit citer le premier vainqueur de 1926 et 1927, Jean LINDER, il faut également attirer l’attention sur les performances de Louis GODART (Père) vainqueur en 1928, 1929 et 1931. Pour l’anecdote, en 1927 alors qu’il était 2ème de l’épreuve à 500 mètres de l’arrivée, il fut victime d’une défaillance importante et fut aidé par des amis pour terminer ; il fût disqualifié par Emile ANTHOINE malgré les protestations du grand public et de ses amis.

On peut également signaler l’alsacien Ernest ROMENS, vainqueur en 1933, 1935, 1937 et qui participa à la reprise en terminant encore 4ème en 1949. Lors d’une victoire il se vit offrir par une grande brasserie alsacienne un litre de bière par jour pour toute sa vie.
Une autre grande figure gagna Paris-Strasbourg en 1949 et Strasbourg-Paris en 1953, 54, 56, 57, 58 c’est Gilbert ROGER, né en 1914. Il devint un héros national après ses six victoires, véritable triomphe de l’homme sur le courage, à force de volonté et de persévérance.

Le nommé Louis GODART (fils) qui accompagnait son père en culotte courte 20 ans auparavant, fut vainqueur de Strasbourg-Paris en 1955 avec une arrivée au stade de Saint-Ouen à la mi-temps d’un grand match de football Strasbourg / Paris-Red Star. Il a été aussi un héros de cette épreuve en terminant deuxième en 1953, 1954 et troisième en 1951, 57, 58, et encore quatrième en 1959 et 56, quel palmarès !
Albert SEIBERT, vainqueur dans un sens en 1951 fut vainqueur également en 1952, était un marcheur de grande valeur, il avait fait partie de la grande équipe de l’A.M.Nancy et il était également boxeur puisqu’il fut finaliste du Championnat de France poids mi-lourds. C’était un légionnaire avec d’élogieux titres militaires. Son fils, Richard, devint également un bon marcheur et fut Champion de France sur 50 km.
On doit citer Joseph ZAMI qui lui aussi su se construire un palmarès impressionnant, il gagna en 1950 mais fut classé 2° en 1951, 1952 et 1956, 3° en 1935 et 1936, 4° en 1933, 5° en 1949, 7° en 1931, 9° en 1930 et 1934. Inutile de dire qu’il a participé 17 fois à la grande épreuve et la termina 12 fois dans les délais.

Le luxembourgeois Josy SIMON fut lui aussi un leader incontesté en remportant l’épreuve en 1971, 1972, 1975 et 1978 et termina aux places d’honneurs une douzaine fois.
Le belge Robert RINCHARD fut vainqueur en 1973-1974-1976 et ne participa plus jamais aux autres épreuves.
On peut dire qu’à partir de 1979, ce fut le règne de Roger QUEMENER qui gagnait cette année là, puis se classait 2ème en 1980 - vainqueur en 1983, 1985, 1986, 1987, 1988 et enfin en 1989 où il décida mettre fin sa brillante carrière.

historique 5

A partir de 1990, et pendant plus de 20 années, la compétition a été dominée par les Polonais.
Zbiegnew KLAPA l’emporta en 1990, 1991, 1992, 1994, 1996 et 1999. Il détient toujours la moyenne la plus rapide réalisée, cette année là, avec 521 km parcourus en 58 h 53’... A la moyenne époustouflante de 8,848 km/h.
Grégorz-Adam URBANOWSKI, incontestable recordman le l'épreuve, détient un palmarès impressionnant : 3ème en 1993, 2ème en 1995, 1999 et 2000, il remporta 10 victoires en 1994, 1996, 1997, 1998, 2001, 2002, 2003, 2005, 2006 et 2007. Il termina 14 fois sur le podium en 14 participations, c’est le plus capé au palmarès de cette marche légendaire.

Il y eut 58 épreuves de prestige de 500 km depuis 1926 et on peut compter environ 250 marcheurs ayant terminé dans les délais mais il faut rappeler que les délais accordés aux concurrents étaient beaucoup plus longs lors des 15 premières années, pour en arriver à moins de 80 heures en 1989.
Dans les recordmans, on doit citer Gilles LETESSIER (28 participations, 26 fois classés), Ernest ROMENS Joseph ZAMI et Adrien PHEULPIN ayant terminé 12 fois dans les délais. Jean-Claude GOUVENAUX (23 participations, 1 victoire et 15 fois classés), Roger QUEMENER, SEIBERT, GUNY 10 fois chacun...

historique 4

La popularité de la grande épreuve est due en partie à l’étonnement créé par l’évènement. En effet de nombreux « marcheurs professionnels » spécialistes des "Tours de Place" n’ont jamais participé à notre épreuve qui n’a été ouverte qu’aux champions, tous licenciés des fédérations ayant satisfait aux obligations des épreuves de sélections.
Les performances réalisées toutes ces dernières années avec des moyennes horaires dépassant les 8 km à l’heure pendant 500 km sont des records du monde incontestables car aucun pays n’organise de compétitions aussi longues.
Entre 1990 et 2007, seuls deux vainqueurs, un marcheur français Noël DUFAY en 1993 et un russe Alexeï RODIONOV en 2000 sont parvenus à interrompre la domination polonaise.

Un chapitre de l’histoire de l'épreuve doit être consacré aux quelques femmes qui ont démontré un courage étonnant en se frottant aux hommes.
En 1983, une institutrice hollandaise Annie VAN DE MEER couvrit la distance de 518 km en 77h40, exploit remarquable.
Une française Edith COUHE fut sélectionnée (avec les critères masculins en 1986 et parcourut 380 km où elle fut stoppée en raison des délais imposés).
Il apparut alors aux organisateurs qu’il était nécessaire de se pencher sur cet aspect trop rigoureux de participation. En 1988, lors d’un changement d’itinéraire, une épreuve pour les femmes a été organisée entre Paris et Contrexéville. Elle fut remportée par Edith COUHE, couvrant les 360 km en 52h27.
En 1989, l’épreuve Epernay-Colmar se disputait conjointement avec l’épreuve masculine et Edith COUHE l’emporta à nouveau en couvrant les 376 km en 52h51 devant Arlette TOUCHARD en 53h57. Six concurrentes avaient pris le départ.
Un essai sur 340 km de Châlons en Champagne à Colmar fut organisé en 1990, il sera reconduit durant de nombreuses années.

Depuis 2004, à la demande de la ville de Colmar, une neutralisation fut obligatoire pour permettre une arrivée plus resserrée. Le kilométrage total perdit environ 90 kilomètres pour passer de 520 km à environ 430 km environ selon les parcours.

En 2007, Kora BOUFFLERT et Sylviane VARIN prirent avec les hommes le départ des 440 km de l'épreuve qu'elles terminèrent aux 7 ème et 11 ème places.
Le palmarès s’est complété au fil des années, et les russes ont remplacé les polonais. Sergueï DVORETSKI en 2008, puis Dmitriy OSIPOV à 9 reprises chez les hommes, Irina POUTINTSEVA, Olga BORISOVA ou Tatiana MASLOVA chez les femmes ont remportés de nombreuses victoires en Alsace.

En 2010, le Cercle des Sports de France ne pût organiser l'épreuve suite à des problèmes budgétaire.
L'arrêt de cette compétition mythique par le C.S.F., contraria Madame Anne-Marie Noir Présidente Directrice et fille de Monsieur Paul Lacroix créateur des « LABORATOIRES ASEPTA ». Avec le concours d'Hervé Bride journaliste à EUROPE 1 qui connaissait l'épreuve, l'ayant couverte dans les années 1995, ils décidèrent de la faire revivre, ce qui fut fait dès 2011.

historique 6

Des changements pour la relance furent mis en place, un prologue avec un départ fictif des Champs-Elysées fut réorganisé, et une marche réservée aux femmes, la « FRANCOIS 1er », fut instaurée pour perpétuer le palmarès des épreuves « Féminines » et « Promotion » des années précédentes.

En 2015, une nouvelle équipe a pris en main l’organisation de Paris-Alsace. L’épreuve se termine à Ribeauvillé et 3 distances sont proposées aux concurrents, « La Nocéenne » une marche de 230 km environ réservée aux néophytes, « La Vosgéenne » sur 300 km réservée aux femmes et aux hommes, et « La Mythique », une marche de 420 km, réservée aux athlètes confirmés. En 2019, seuls 2 marcheurs ont parcourus la totalité du parcours dans les délais.
En 2019, Jean-Marie Rouault et Sylvie MAISON ont mis fin à la longue série en l’emportant dans les deux catégories. Une simple parenthèse ou le début d’une longue série ??? L’avenir est en marche et il faudra attendre les prochaines éditions pour en connaître la réponse.

Il est bien évidemment très difficile de résumer en si peu de lignes, 87 années d’histoire de ce véritable « Monument du Sport » qu’ont été successivement Paris-Strasbourg / Strasbourg-Paris, Paris-Colmar et Paris-Alsace.

Pour découvrir un historique complet et détaillé, année par année, rendez-vous dans la rubrique « Le Mythe de A à Z » … Bonne lecture !



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